Sébastien Lenthéric : créativité et marionnettes à ArtFx

Sébastien Lenthéric : créativité et marionnettes à ArtFx

Cette année, les étudiants de Première année d’ArtFx ont eu l’opportunité d’assister au workshop Marionnettes animé par Sébastien Lanthéric. Il nous livre ses impressions autour de cette expérience.

 

 

 

Quels est ton parcours ? Quelles sont tes influences ?

 

J’ai toujours eu envie d’aller vers la marionnette. Ce qui me passionne dans cet univers c’est la simultanéité du travail plastique et du travail d’acteur.
J’ai d’abord fait une école de comédien, l’ERAC (l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes) et au final j’ai été rattrapé par ma passion car à la sortie de l’école, mon premier engagement professionnel a été un spectacle de marionnettes. A partir de là j’ai toujours entretenu un rapport avec cet art de près ou de loin en fonction des projets. J’ai eu la chance de travailler avec la Compagnie Philippe Genty qui est une grande compagnie de théâtre visuel au sein de laquelle j’ai beaucoup appris en termes de transmission et de manipulation.
Je suis très attaché au théâtre visuel, c’est aussi la raison pour laquelle le fait de travailler avec des élèves du monde de l’image m’intéresse autant. Même si je ne fais pas de films, en théâtre j’ai toujours été intéressé par la création d’images sur le plateau.
Aujourd’hui, le théâtre contemporain mixe énormément : c’est un théâtre pluridisciplinaire où la marionnette prend toute sa place : de la manipulation d’objets jusqu’à la conception de figures marionnettiques humaines hyperréalistes. Depuis quelques années, la création contemporaine a sorti la marionnette de son côté uniquement enfantin car très souvent elle était réduite à cela. Des créateurs tels que Gisèle Vienne ont fait énormément évoluer cette branche là.
J’ai aussi travaillé récemment avec une autre compagnie de marionnettes qui s’appelle « Trois Six Trente », dont le prochain spectacle sera présenté au festival In d’Avignon sur un texte de Robert Walser. Cette Compagnie a une approche particulière qui joue autant sur le travail des acteurs que sur la manipulation de marionnettes qui sont d’ailleurs très réalistes. On a ainsi un panel que je trouve très intéressant parce qu’il ouvre nos imaginaires d’une façon incroyable.

 

 
 

Pourquoi as-tu fais le choix de venir à ArtFx ?

 

J’ai connu ArtFx par un des professeurs, Eric Letourneur, qui enseignait il y a quelques années à l’école. A cette époque, je sortais d’une tournée avec Philippe Genty et j’avais envie de voir ce que je pouvais créer avec ma propre compagnie ; je souhaitais notamment travailler sur des petits dessins animés intégrés dans le spectacle « Tête de nuit ». Eric m’a proposé de collaborer sur la manipulation marionnetique avec des élèves spécialistes de la 3D. Je me suis rapidement rendu compte, via les retours de chacun, que les échanges étaient très fructueux et que les élèves étaient intéressés par ce type de collaboration. Il y a une rencontre d’interêt entre les élèves et la marionnette. C’est pourquoi j’ai répondu positivement lorsque l’école m’a proposé de revenir animer un workshop. Je pense qu’il est très intéressant pour les étudiants de côtoyer des gens qui ont un univers artistique autre que celui du jeu vidéo ou de l’animation 3D. Il y a quelque chose dans la culture même de la scène ou tout simplement du spectacle vivant qui qui fait réfléchir les élèves à ce que peut être une poétique de l’image, à sa signification, au-delà de son efficacité pure.

 

 
 

Comment abordes-tu l’enseignement ? Que souhaites-tu transmettre aux élèves ?

 

Je l’aborde comme un échange fondamental, je suis attaché à ce que l’enseignement ne soit pas déconnecté de la créativité, même si on est obligé de travailler sur des points techniques qui sont primordiaux.
Quel que soit la durée de mon intervention , je préfère que ce soit un workshop dédié à la création plutôt qu’un workshop uniquement technique durant lequel les exercices s’enchaînent sans voir la finalité des choses.
Je me définis plutôt comme un passeur de créativité à travers l’outil de la marionnette. Ce qui m’intéresse, c’est de réfléchir avec eux. Une fois qu’ils ont un peu manipulé les marionnettes, je leur demande de créer des scénarios par groupe et de me proposer une forme dans laquelle la technique est appliquée à un projet.

 
 

Comment se passe la collaboration avec les élèves en termes d’échanges ?

 

Elle se fait à travers le montage des projets ; ce qui est fantastique avec la marionnette c’est qu’elle induit le travail en équipe car il faut souvent 3 personnes pour pouvoir faire bouger une marionnette; cela demande une écoute fondamentale qui est proche du travail collaboratif nécessaire lorsque l’on monte un projet 3D.
Je les pousse à donner leur avis sur leur travail tout en étant constructifs, en évitant la critique facile afin de faire avancer les choses.
J’envisage cet enseignement comme un échange. Parfois ce n’est pas évident pour eux de sortir d’un système scolaire cadré. C’est une approche complètement différente en fonction des classes. Cette façon d’appréhender les choses me tient vraiment à cœur, car je pense que c’est ainsi que l’on travaille le mieux autour de la marionnette. Les mises en situation des workshops sont une véritable source d’apprentissage.
Je crois beaucoup au fait de traverser une expérience pour en retirer quelque chose, plutôt qu’un cours théorique.

 

 
 

Quel est le moteur de ce workshop ?

 

Je suis venu avec 3 marionnettes différentes dont « M. Schulz » qui est la marionnette que nous avions créée pour le spectacle « Tête de nuit » avec les anciens étudiants d’Artfx et Axelle Carruzzo plasticienne. Ce personnage se transforme, il peut perdre ses jambes, retrouver des pattes d’oiseau…
Ensuite il y a une toute petite marionnette d’exercice « Blanco » que j’ai récupérée d’une compagnie qui s’appelle Arketal (la première Compagnie avec laquelle j’avais travaillé en sortants de l’ERAC).
Enfin il y a « Tom » une marionnette qui m’a été prêtée par la compagnie Philippe Genty, pour faire ces exercices de manipulation. Tom a été construit par Tomoe Kobayashi une japonaise, stagiaire assistante sous la direction de Sébastien Puech.
Le plus étonnant, c’est que la marionnette touche à beaucoup de domaines sur lesquels les étudiants auraient la possibilité de travailler comme de la sculpture, de la construction …
La manipulation arrive en dernier et touche un champ des arts plastiques extrêmement large allant du processus de création à l’animation. Il me semble important, avant même d’imaginer un mouvement à l’intérieur d’une machine que les élèves réalisent le mouvement dans leur propre corps. Quand on a la conscience d’un mouvement corporel, il est beaucoup plus facile d’aller le projeter ou de le travailler après dans un univers virtuel.
Un des exercices de base, quand on commence la manipulation, c’est de voir la marionnette endormie, puis de la faire respirer et ensuite la lever sur ses pieds. Souvent je demande à l’un des étudiants de se mettre au sol, d’analyser tous les appuis, de le vivre physiquement et d’essayer ensuite de le retranscrire.

 

 
 

Comment envisages-tu le lien entre le milieu professionnel et les études à ArtFx ?

 

Le lien le plus évident est celui que j’avais fait avec les élèves lors de ma première visite à ArtFx. Lorsqu’un de mes projets personnels cadre avec leur sujet d’étude, il m’est possible de leur proposer hors du workshop de s’impliquer dans une création. Il est intéressant de rencontrer des jeunes qui sont en lien avec les nouvelles technologies car aujourd’hui elles sont très présentes sur les plateaux de théâtre et sont un réel enjeu de la création contemporaine.
Je souhaiterais revenir pour continuer à tisser du lien entre les étudiants et le monde de la marionnette. Construire des ponts entre l’école et le réseau professionnel, c’est cela qui est enrichissant.

 

©Axelle Carruzzo

L’auteur de l’article

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